Comme je l’ai fait avec le prologue pour Alter Ego, le roman fantastique qui cherche son éditeur (par exemple en vidéo sur Youtube), je propose la lecture des 2 premiers chapitres du livre qui posent l’ambiance, qui amènent lentement mais sûrement le lecteur (enfin je l’espère) à se poser des questions, à chercher, à en vouloir davantage, à le faire glisser tranquillement, à le voir basculer doucement dans un endroit insoupçonné.
Etes-vous prêt ?
3
En règle générale, on dit de moi que je suis un homme sérieux, voire sévère, habitué à sa petite routine que rien ni personne ne peut déranger.
Cela doit être vrai et je m’en trouve très bien ainsi.
Je travaille à la Banque Postale de Nantes depuis environ vingt ans et viens d’être nommé comme le nouveau responsable du service Chèques et Compensation depuis peu, ce qui m’amène à gérer diverses responsabilités et à mener de front une bonne cohésion au sein de l’agence.
Je ne dis pas que je suis honoré d’une telle marque de reconnaissance de la part de mes supérieurs car je n’ai pas la prétention de le mériter plus qu’un autre. Je crois fermement aux valeurs du travail et de l’effort, ce qui est différent.
Lorsque je suis arrivé dans ce service, les ragots allaient bon train. On dit encore çà et là que nous sommes des vautours qui gardons l’argent des honnêtes gens et que nous les dépouillons du peu de leurs biens sans un quelconque état d’âme.
Les gens sont malhonnêtes et de peu de foi, je peux le dire en connaissance de cause.
Certes, cet étrange bâtiment de verre qui surplombe la rue, entièrement architecturé avec de grandes baies vitrées, fait l’objet des quolibets des curieux.
Quand je dis que les gens aiment bavasser !
Mon bureau se situe au rez-de-chaussée sur la gauche en entrant, près des guichets automatiques. Les bureaux de mes collaborateurs se suivent ainsi le long des murs encerclant le hall d’entrée.
Ce sont de grands hommes qui s’investissent à fond dans leur travail. Près de mon bureau, il y a celui de M. Chiron, le responsable des nouvelles technologies en matière de paiement puis à la suite, se succèdent les bureaux de M. Morin, un ancien énarque et M. Salomon qui s’occupe des affaires internationales. A mon niveau, nous sommes donc quatre avec le comptoir de l’accueil et la salle du coffre-fort au fond.
A l’étage, enfin, préside le directeur de l’agence, M. Lemaître et ses divers collaborateurs. Tout ce petit monde vit en vase clos et assure la liaison avec les maisons-mères de différentes holdings.
Je peux aisément comprendre que l’on jase sur notre compte, surtout qu’à l’entrée de la banque se tient…
— Un gorille, dit un jour un jeune collégien à son copain alors que je finissais ma journée, on dirait vraiment un gorille.
— Oui, tu as raison, rétorqua l’autre en ralentissant le pas, mais de toute façon, d’après ce qu’on dit, il n’y a que des gens étranges dans cette banque. Un asile pour cinglés, j’en suis certain !
4
Lundi 4 juin
Comme je le fais maintenant chaque soir, étant le dernier à aller au lit, après avoir fermé la porte d’entrée à double tour et avoir nourri notre chat siamois, Simon, je bois un verre d’eau et me couche dans notre chambre.
— Je trouve que nous avons passé un excellent week-end, tu ne trouves pas, mon chéri ?
— Oui, enfin, je suis bien heureux que cela soit terminé. Ta sœur et son mari n’ont pas cessé de critiquer ta décoration de la salle à manger. Je trouve cela un peu exagéré. S’ils ne sont pas d’accord avec nos choix, et j’ai l’impression que ce n’est que la partie émergée du problème, qu’ils ne viennent plus ou alors qu’ils se taisent ! Un peu de savoir-vivre, quand même !
— Elle a toujours été ainsi, je n’y prête même plus attention, me répond Amandine tandis qu’elle s’installe contre moi. Allez, cesse de te poser des questions comme toujours, tu vas encore te mettre dans un état de stress. Endors-toi donc, reprend-elle en m’embrassant. Demain est un autre jour…
Amandine est ainsi ; quoiqu’il arrive, elle garde son sourire, elle regarde la vie toujours du bon côté et surtout elle sait comment clore une conversation grâce à ses maximes et autres proverbes qu’elle sort de nulle part mais qui font mouche à chaque fois.
Sur ces entrefaites, je tombe dans un de ces sommeils difficiles où l’on s’agite dans tous les sens avant de trouver une position confortable. Je ne supporte plus la couette qui m’étouffe et me maintient bloqué comme si j’étais enfermé dans un sarcophage.
Au bout de deux heures de tentatives vaines de m’endormir, je décide de quitter le lit matrimonial et d’aller me rafraîchir et me calmer dans mon bureau. Je ne sais pas si c’est cette visite de ma belle-sœur qui me pèse sur l’estomac ou si la nourriture était un peu trop riche. Toujours est-il qu’il faut que cela se passe.
Demain est peut-être un autre jour mais un jour important : nous avons une réunion avec tous les cadres de l’agence et le patron doit nous donner les résultats du semestre et nous parler d’un futur projet.
En marchant sur la pointe des pieds, je passe devant la chambre de Sarah et comme je le faisais alors qu’elle était bébé, je reste parfois à écouter contre la porte pour vérifier si tout va bien.
Dans mon bureau, je retrouve une atmosphère que je ne trouve ailleurs. Il y a cette tranquillité mais aussi cet ordre à la limite de la maniaquerie qui me rassurent, pour mieux me concentrer et travailler en paix.
— Monsieur Trichet, vous avez besoin de repos et de sérénité mais plus que tout, vous avez besoin d’harmonie. Comprenez-moi, Eric, après le trauma que vous avez subi et vu votre état émotionnel, il serait vivement conseillé que vous organisiez votre vie, votre rythme de vie, je veux dire.
Ah les médecins, les psychologues et autres thérapeutes, ils ont tous le même avis, le même discours ! Sur ces conseils et avec le concours d’Amandine, je me suis donc plié aux exigences et me suis édifié un lieu pour moi, me ressemblant, recréant ainsi le « cocon dont j’avais manqué dans ma jeunesse », dixit l’experte psychologue.
Tandis que je m’installe sur mon clic-clac, je commence à parcourir les pages du journal du week-end. Les nouvelles ne sont pas forcément fraîches mais j’aime lire ces petits faits divers où la réalité semble dépasser bien souvent la fiction. Cela me rassure, je me dis qu’il y a toujours pire que moi, qu’il y en a qui vivent des choses incroyables.
Voilà une bonne heure maintenant que je reste ainsi sur mon canapé, les yeux commencent à me piquer.
Alors que je feuillette presque machinalement le journal, je tombe sur l’avant-dernière page où sont écrits les programmes de télévision et l’horoscope.
Je ne crois pas à ces sornettes de voyants qui veulent que notre vie soit écrite dans les étoiles. Je n’aime pas l’idée de ne pas être maître de mon destin. C’est sûrement ma formation cartésienne qui le veut mais j’aime les faits. Ce sont eux qui avèrent ou infirment notre vision du monde et nos actions.
Sans prêter vraiment attention, je commence à déchiffrer ladite page quand j’arrive au moment de lire mon horoscope.
Je ne puis dire si cela est vrai ou si mon imagination me joue des tours mais un fait incongru me saute aux yeux : mon signe astrologique a disparu, tout du moins ne figure-t-il plus sur la feuille de papier.
Parce qu’Amandine me demande souvent de lire l’horoscope du jour – elle est du signe de la Vierge – elle me demande toujours de lui lire le mien comme si cela la rassurait.
C’est ainsi que je sais que je suis du signe du Cancer.
Bien que je n’y connaisse pas grand-chose et que je ne comprenne pas de quoi il s’agit, je remarque une aberration. J’ai beau regarder à plusieurs reprises, mon signe n’est pas inscrit sur la page. Est-ce vraiment possible ? Non, bien sûr que non, ce doit être une erreur de frappe de la part du pigiste, un oubli.
Ce n’est pourtant pas un rêve.
Il doit être aux environs de minuit et demi passé.
J’entends des gouttes de pluie qui tombent bruyamment comme si l’on crevait avec frénésie des petites bulles en plastique. L’orage s’est remis à tonner, ce doit être un des premiers de l’été.
Tout de même, un signe astrologique peut-il réellement disparaître ? C’est bien la première fois qu’un tel phénomène se présente à moi. Peut-on décider d’effacer un signe des pages d’un quotidien ? Et dans quel but ?
A moins que cela soit un canular de l’équipe éditoriale !
Je ressens alors une très forte émotion, comme piqué au vif par une aiguille invisible. Je me redresse correctement sur mon canapé et pose le journal à côté de moi. Je suis étonné, j’ai peur. Mais de quoi au juste ?
D’abord choqué, je tente de reprendre mes esprits en pratiquant immédiatement des exercices de respiration. C’est devenu un réflexe depuis que la thérapeute qui m’a suivi me l’a conseillé. Cela évite que mes crises d’angoisse réapparaissent soudain et ne dégénèrent.
De nouveau le souffle apaisé, je contemple le journal avec des yeux fixes, cherchant à deviner ce qui se trame derrière cette hallucination. Parce qu’il faut bien l’avouer, ce ne doit être que cela, rien d’autre. Une hallucination.
Mais cette peur irrationnelle me saisit toujours, je le sens bien. Mes mains tremblent. Il y a ce malaise que je ne peux définir.
Mais que dire de ce qui m’arrive ? Je ne peux décemment pas tirer du sommeil Amandine pour lui dire que le journal fait des siennes comme s’il était vivant.
— Chérie, je suis désolé de te réveiller mais il faut que tu voies cela. Mon signe zodiacal a disparu. Le journal l’a avalé puis digéré comme un ogre féroce qui a un besoin impérieux de dévorer. Mais rassure-toi, je vais bien, ce n’est pas grave. Ce sont sûrement des choses qui surviennent dans la vie d’un homme.
Non, je ne peux faire cela. C’est absurde, voyons.
Cette histoire renvoie mon côté pragmatique dans les cordes. Et à ma frustration par conséquent.
Osant à peine y croire, je reprends le journal à la page de l’horoscope. Je me frotte les yeux, je me rapproche, je lis lentement à voix haute et entame l’énumération des signes :
— Bélier… Taureau… Gémeaux… Lion… Vierge… Balance…
Rien, plus rien. Absolument rien entre le signe des Gémeaux et celui du Lion. Comme s’il n’avait jamais existé ! Il doit être là normalement, ce n’est pas possible autrement.
Un petit coup sec, tel un glas, retentit alors dans le bureau.
— Quoi ? dis-je en sursautant.
Je m’aperçois alors que mon horloge vient de sonner. Il est une heure du matin. L’histoire de quelques secondes, j’ignore où je suis et si j’ai rêvé.
Je décide donc d’aller me recoucher au plus tôt, me répétant sans cesse que la fatigue m’a rattrapé avec surprise.
Demain, les choses seront différentes, j’en suis certain. Après une bonne nuit de repos, toutes ces bêtises seront envolées.
Demain est un autre jour…
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Voilà, avez-vous aimé ? Qu’enpensez-vous ?
Voulez-vous connaître la suite des aventures d’Eric ?
Peut-être posterais-je un ou deux autres chapitres dans les semaines à suivre mais rien n’est moins sûr. J’ai aussi envie de conserver et de réserver la surprise du livre, son intégralité, aux futurs lecteurs thomasiens…
PS : s’il y a un éditeur qui me lit, contactez-moi ! (Même chose si vous en connaissez un et que vous avez envie de lui proposer mes écrits, hein?:D)
PS2 : je rappelle que le manuscrit est officiellement protégé donc pas de copie sans ma permission, ok ?!
Ps3 : pas de PS3 en fait.







Ca me plaît!
@ Emma : j’aime que tu aimes..